
Les ambitions et limites de l’expérimentation RFID dans les supérettes japonaises
Face à la baisse démographique et à la pénurie de main-d’œuvre, l’automatisation s’impose comme une solution clé pour le commerce de détail au Japon. La RFID (Radio-Frequency Identification) a longtemps été présentée comme la technologie capable de révolutionner le passage en caisse dans les supérettes, promettant de « scanner l’intégralité du panier en une seule fois » et d’éliminer la nécessité de passer chaque article individuellement.
Pourtant, entre les premiers essais et le déploiement à grande échelle, la RFID a rencontré de nombreux obstacles concrets. Cet article revient sur le parcours japonais : l’expérimentation de Lawson, les initiatives gouvernementales, les raisons de l’adoption limitée et les secteurs où la RFID a réellement trouvé son succès.
Début : l’expérimentation « Regi-Robo » de Lawson × Panasonic
Début 2017, Lawson et Panasonic ont présenté Regi-Robo, un prototype de caisse automatique, dans un magasin expérimental à Osaka. L’expérience démontrait qu’il suffisait de déposer son panier sur un dispositif capable d’identifier instantanément tous les articles et d’effectuer le paiement 1.
L’objectif était de réduire le temps de passage en caisse et de conditionnement des produits, simplifiant ainsi l’expérience client. Regi-Robo constituait un prototype conceptuel combinant RFID, mise en sac automatisée et paiement autonome, mais il s’agissait d’un projet pilote qui n’a jamais été déployé à grande échelle 1.
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Ambitions gouvernementales : vers une adoption massive en 2025
En 2019, le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) s’est associé aux cinq principales chaînes de supérettes du pays pour promouvoir l’automatisation via la RFID et d’autres technologies 2.
L’objectif était ambitieux : équiper quasiment tous les magasins, y compris 7-Eleven, Lawson et FamilyMart, de la RFID d’ici 2025. Le gouvernement s’engageait à soutenir l’industrie en réduisant le coût des étiquettes, en résolvant les contraintes matérielles (comme la compatibilité avec le micro-ondes) et en finançant des programmes pilotes. Cette initiative avait attiré l’attention internationale 2.
Cependant, les rapports publics montrent que, malgré les subventions et les preuves de concept, le passage à une généralisation — avec chaque produit équipé d’une étiquette RFID — s’est avéré beaucoup plus difficile que prévu.
Pourquoi la RFID a peiné à s’imposer en supérettes
A. Coût et élimination des étiquettes (enjeux économiques et environnementaux)
Chaque étiquette constitue un coût unique et, comme les consommateurs jettent généralement l’emballage après achat, ces étiquettes finissent directement à la poubelle. Même si le coût des étiquettes diminue, leur application sur chaque article à faible marge dans les supérettes reste économiquement difficile. Les fabricants comme DNP ou Avery Dennison continuent de développer des étiquettes moins coûteuses, mais la refonte complète de la chaîne logistique demande du temps et des investissements 2, 3.
B. Complexité opérationnelle du marquage
Poser des étiquettes RFID sur chaque produit implique une étape supplémentaire dans la production ou la logistique. Le marquage manuel ralentit le processus et peut entraîner des incohérences, tandis que le transfert de cette tâche aux fabricants nécessite des modifications de leurs lignes de production.
Pour des magasins vendant des milliers de petits articles peu chers et à rotation rapide, comme c’est le cas des supérettes, cette charge supplémentaire n’est pas rentable.
C. Fiabilité de lecture et interférences matérielles
Lors d’une lecture groupée, plusieurs étiquettes rapprochées peuvent se masquer ou interférer. Certains matériaux, comme l’aluminium, le métal ou les liquides, affaiblissent le signal radio et provoquent des lectures manquées ou erronées 4. Ces contraintes techniques rendent difficile l’obtention d’une lecture « 100 % fiable », impactant confiance et expérience utilisateur.
D. Limites pour les produits frais et non emballés
Les supérettes vendent beaucoup de produits prêts à consommer et frais — sandwiches, plats cuisinés, pâtisseries — souvent peu emballés, ce qui complique l’apposition d’étiquettes. Les produits nécessitant chauffage, réfrigération ou rotation rapide limitent encore l’usage de la RFID.
Ces obstacles expliquent le retard du déploiement massif et l’échec de l’objectif initial de généralisation d’ici 2025.
Où la RFID trouve son succès : prêt-à-porter et sushi sur tapis roulant
Si les supérettes ont rencontré des limites, d’autres secteurs japonais ont adopté la RFID avec succès. Deux exemples :
1) Prêt-à-porter : gestion d’inventaire et caisse autonome
Dans le commerce de vêtements, la valeur unitaire des articles est plus élevée et les variations (taille, couleur, modèle) nombreuses, rendant la gestion précise des stocks cruciale.
Fast Retailing, maison-mère de UNIQLO, a intégré la RFID dans sa chaîne logistique globale depuis 2017. Chaque produit est suivi de la production à la vente, permettant un inventaire en temps réel et un réassort rapide.
La RFID alimente également les caisses autonomes UNIQLO, où le client dépose simplement les articles dans un plateau et le système les identifie instantanément. La technologie améliore l’expérience client et l’efficacité opérationnelle, un exemple parfait d’adéquation coûts-bénéfices.
2) Sushi sur tapis roulant : suivi de fraîcheur et comptage des assiettes
Certaines chaînes de sushi intègrent des puces RFID dans les assiettes. Chaque assiette est alors suivie sur le tapis, permettant de contrôler la durée de présence des aliments et d’éliminer automatiquement les plats périmés.
La RFID sert également à comptabiliser rapidement le nombre et le type d’assiettes pour simplifier le paiement. Des chaînes comme Sushiro utilisent ce système pour améliorer la gestion alimentaire et même prévoir la demande 5.
Cependant, toutes les chaînes ne l’adoptent pas : les assiettes RFID doivent résister à de nombreux lavages, nécessitent une personnalisation et sont coûteuses à entretenir.
Quand la RFID atteint ses limites, l’IA prend le relais
Pour les produits difficiles à étiqueter — pâtisseries, plats chauds ou emballages peu coûteux — la reconnaissance visuelle par IA offre une alternative plus flexible.
Depuis 2019, Viscovery propose un système basé sur l’image capable d’identifier instantanément les produits de boulangerie et d’envoyer la liste complète au système de caisse pour un paiement rapide. Les progrès récents en apprentissage profond ont encore amélioré la précision et la convivialité, faisant de l’IA un complément, voire un substitut, à la RFID dans les boulangeries, cantines et supérettes.
En résumé, l’ambition de déploiement de la RFID dans les supérettes japonaises a évolué d’une vision grandiose vers une approche pragmatique. Si le rêve du « panier entièrement automatisé » reste inachevé, la RFID continue de se développer là où ses avantages coût-durabilité-efficacité sont pertinents, tandis que l’IA comble progressivement les domaines où la RFID ne peut intervenir.
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(Cet article a été traduit en français par ChatGPT.)
(L’image de couverture a été générée à l’aide des outils d’IA de ChatGPT, à titre illustratif uniquement.)
[Référence]
1 “The Industry-first Experimental Demonstration of « Regi-Robo(TM) », an Entirely Automated Robotic Checkout System and RFIDs (Electronic Tags) at Lawson Panasonic-Mae Store.” Panasonic Newsroom Global. https://news.panasonic.com/global/topics/5090.
2 “Japan Aims To Automate All Convenience Stores By 2025 With A New RFID Technology.” Forbes. https://www.forbes.com/sites/akikokatayama/2019/02/26/japan-aims-to-automate-all-convenience-stores-by-2025-with-a-new-rfid-technology/.
3 “DNP Embarks Upon Development of Low Cost RFID Tag for Convenience Stores.” Dai Nippon Printing. https://www.global.dnp/news/detail/20166790_4126.html.
4 “100 BILLION RFID PROJECT IN JAPANESE RETAILING INDUSTRY.” Ministry of Economy, Trade and Industry (METI) Government of Japan. https://rainrfid.org/wp-content/uploads/2017/11/Japanese-RFID-Project.pdf.
5 “Trains on different tracks for top two Japanese conveyor-belt sushi chains.” SeafoodSource. https://www.seafoodsource.com/features/trains-on-different-tracks-for-top-two-japanese-conveyor-belt-sushi-chains.